Autour du lac Hoan Kiem à Hanoï – Vietnam

Jean-Claude est un grand voyageur passionné par l’Asie qu’il visite plusieurs fois par an. Dans cet article, il nous partage sa visite au parc du lac Hoan Kiem à Hanoi lors des fêtes du Têt. Le temps était un peu grisâtre, mais l’ambiance chaleureuse et les couleurs des plantes lui ont vite fait oublié ce petit désagrément. Bonne visite à vous et merci à Jean-Claude.

La promenade autour du lac Hoan Kiem est la première chose que tout visiteur fait en arrivant à Hanoi, la capitale politique du Vietnam, avant même d’aller dans la vieille ville qui le jouxte. Ce petit lac de 800 mètres de long sur 200 mètres de large, à peine, est un ancien bras du fleuve rouge (rose pour les locaux : Sông Hồng). Mais surtout c’est un lac sacré.

Lac Hoan Kiem, Hanoi Vietnam

Sur cette photo, le lac Hoan Kiem, vu depuis le sud avec ses deux îlots : celui isolé dit de la Tortue et plus au nord, l’îlot du Temple de la Montagne de Jade (Ngoc Son) accessible par un pont en bois rouge

La légende veut qu’au 15ème siècle de notre ère, le roi Lê Lợi, voulant chasser les chinois du royaume (déjà, à cette époque, chinois et vietnamiens n’étaient pas très copains) reçu, d’un pêcheur du lac, une épée qui le mena à la victoire. Dix ans après, traversant le lac, une tortue en sortit et lui réclama cette épée, qu’elle entraîna dans les profondeurs du lac. De là vient le nom du lac Hoan Kiem (le lac de l’épée rendue), de là aussi vient l’importance des tortues. C’est que vivaient en ce lieux des tortues géantes d’eau douce à carapaces molles (Rafetus swinhoe), dont on ne connaît plus qu’un seul exemplaire vivant dans la nature , dans un lac mystérieux du nord Vietnam, et deux exemplaires dans un zoo chinois. Ces dernières, un mâle et une femelle refusent d’avoir des descendants. L’espèce est donc extrêmement  menacée. A Hanoi, les deux dernières du lac Hoan Kiem sont mortes, la première en 1967 et la seconde l’an passé.

S’il y a contestation sur l’âge supposé de la dernière à sa mort : 200 ans pour les uns, 650 ans pour un autre illustre collègue, les caractéristiques en étaient bien connues : un mètre soixante de long, quatre-vingts  centimètres de large et la bagatelle de 161 kg. Or l’apparition à la surface du lac de l’animal, symbole de l’indépendance du Vietnam, était d’une grande importance et pleine de significations ésotériques. Sa vue était considérée comme un signe du destin, annonciateur de succès pour les heureux élus qui la voyaient. Mais il y eut beaucoup de laissés pour compte, dont moi, le pauvre mécréant, qui ne l’ai jamais vue ou même seulement cru l’entrevoir malgré la bonne dizaine de séjours que j’ai faits à Hanoi depuis plus huit ans. Il était aussi écrit que sa disparition serait un mauvais présage et personne ne s’attendait à ce que cette disparition mette autant de responsables dans l’embarras. En effet, elle a été retrouvée gisant sur le rivage, durant (version souterraine, non vérifiée et colportée sur les réseaux sociaux) ou juste après (version de l’agence officielle d’information du Vietnam), la réunion du dernier congrès du Parti, coïncidence qui pouvait faire tache pour certains !

Mémorial du roi Lê Lợi, Hanoi

Sur la rive ouest du lac, monument à la mémoire du roi Lê Lợi, héros des guerres contre les chinois au 15ème siècle et détenteur de l’épée magique, à l’origine de la dénomination du Lac Hoan Kiem

Sur cette étendue d’eau, on distingue deux îlots. Le premier, inaccessible, au sud du lac, est occupé par La Tour de la Tortue (Thap Rua). C’est un stûpa de forme carrée qui rend hommage à l’animal sacré. Emergeant plus au nord, un îlot, accessible, lui, par un pont de bois, peint en rouge, abrite le Temple de la Montagne de Jade (Ngoc Son) avec les restes naturalisés de la tortue morte en 1967.

Pont rouge sur le lac Hoan Kiem Hanoi Le pont de bois rouge, seul accès à l’ilot ou s’élève le Temple de la Montagne de Jade (Ngoc Son)

Ceinturant le lac, un parc ombragé par de nombreux arbres attend le visiteur. Il est délimité, par quatre avenues au trafic intense, bordées de belles constructions de l’époque coloniale et malheureusement aussi de bâtiments plus récents. Certains, même, ne sont pas, objectivement, très beaux, comme la grande Poste dont l’architecture caractéristique des années 50 a terriblement vieilli.

Construction 1930, Hanoi Vietnam

Belle construction coloniale des style 1930, sur une des avenues bordant le parc du lac Hoan Kiem

Ce parc, sans aucun massif géométrique, est sillonné de sentiers qui délimitent des parterres très fleuris. Généralement lors des fêtes du nouvel an lunaire, c’est une débauche de fleurs, de compositions florales et de massifs temporaires vantant la nouvelle année. Exception notable en 2017 où vraiment la décoration était à minima (mais peut-être était-ce encore la période de deuil pour la Tortue !). Néanmoins, on y trouve des pêchers en fleurs installés là à l’occasion des fêtes du Têt. Si on apprécie la fleur de l’ochna (Ochna integerrima Merr), improprement appelé abricotier au Sud, les familles au Nord choisissent les fleurs de pêcher (Prunus persica Batsch) pour décorer leur maison pendant le Têt. Ces dernières ne servent pas seulement à chasser les mauvais esprits mais aussi apporter un nouveau souffle vital et une bonne forme dans une année saine et paisible aux membres de la famille.

Entrelacs de sentiers parc du lac Hoan Kiem Entrelacs de sentiers ombragés, délimitant des parterres, ici au premier plan des œillets d’Inde, (pour le moins brouillon). Plus loin des poinsettias. On retrouve toujours l’assemblage du jaune doré (symbole de richesse) et du rouge (symbole de bonheur)
A droite et à gauche, des pêchers en fleurs (symbole du nouvel an lunaire), hélas déjà fanées

Personnellement, quand je suis à Hanoi, j’aime me promener dans ce parc à la limite de la vieille ville aux nombreux commerçants.

Marchand de fleurs à Hanoi

Devanture d’un marchand de fleurs dans le vieille ville

Dans les rues d'Hanoi, Vietnam

Non, ce n’est pas un magasin de motos mais un marchand de fringues !
Les motos stationnent juste sur le trottoir !

Je longe le lac et j’oublie l’infernale circulation de motos et de taxis dans les avenues qui bordent ce lac. J’apprécie ce parc, cher au cœur des Hanoïens. Entre les chrysanthèmes qui incarnent la vie, la chance et la prospérité, les poinsettias qui apportent le succès ou les œillets d’Inde, appelés fleurs de mille ans au Vietnam et qui expriment la longévité et le bonheur éternel, c’est un plaisir pour les yeux et pour l’esprit de voir les personnes âgées y pratiquer leur gymnastique quotidienne, discuter longuement sur les bancs (pourtant durs !), les mamans promener leur progéniture, des jeunes s’interpeller tandis que des touristes, surtout aux abords des théâtres de marionnettes, découvrent la beauté des lieux.

Bord du lac Hoan Kiem, Hanoi, Vietnam

Ah qu’il est doux de ne rien faire quand tout s’agite autour de vous !
Au second plan, l’Ile de la Montagne de Jade

Jeunes filles au parc du lac Hoan Kiem, Vietnam

Discussion entre étudiantes dont certaines portent le áo dài servant d’uniforme.
Ah, ces chaussures à talons, comme elles serrent les pieds….

Le plus souvent et en toutes saisons une brume ouatée monte du lac rendant l’horizon légèrement flou et vaporeux. En conséquence les photos sont peu contrastées, voire presque irréelles. Qu’importe, car c’est toute la magie de ces lieux qui se voit et tant pis pour les amateurs de photos très (trop) contrastées.

Sur la rive droite du lac, on passe devant l’entrée du pont menant au Temple de la Montagne de Jade.Pont rouge sur le lac Hoan Kiem Hanoi Le pont menant au Temple de la montagne de Jade.
Parterres de roses d’Inde jaunes (Tagetes erecta L.) et de mufliers (Antirrhinum majus L.)¹

C’est le lieu, aussi, des compositions florales. Elles sont loin d’avoir l’exubérance des mêmes compositions du sud. Hanoi est une capitale sérieuse ! Ce sont essentiellement des orangers kumquat (Fortunella sp.) ou calamondin (Citrus mitis Lour.), qui servent de base. Ils sont taillés et guidés pour donner des formes les plus variées et pour la présentation définitive, ils sont complétés par des branches d’autres végétaux ou par des découpages en carton-pâte. Initialement prévues pour être exposées devant les maisons, malgré les ajouts plus ou moins colorés, elles restent dans des teintes froides qui se détachent assez mal dans un environnement de parc ou de jardin, ce qui est fort dommage.

  

Structure fleurie, année du coq, Hanoi

Vive l’année du Coq !
Et si on ne se fait pas photographier devant, rien ne va plus

Créations dans le parc du lac Hoan Kiem, Vietnam

Massifs de chrysanthèmes en bordure du Lac et compositions florales.
Mais pourquoi avoir choisi des mouches ?

Toujours à l’inverse du Sud Vietnam, içi pas d’orchidées dans les massifs, mais au contraire des mini-roses, entourées de chrysanthèmes ou d’œillets d’Inde et plus rarement de géraniums (Pelagornium zonale L’Her. ) et de pervenches de Madagascar (Catharanthus roseus (L.) G. Don.). Heureusement, l’honneur est sauf, quelques orchidées du meilleur effet sont disposées en épiphytes dans les arbres.

Orchidées du parc du lac Hoan Kiem, Hanoi Quelques orchidées épiphytes décorent les arbres

Un peu plus loin, sous l’ombrage des arbres séculaires, on peut se faire tirer le portrait comme sur la place du Tertre à Paris. Si le résultat est comparable, le prix est nettement plus léger, quelques dollars tout au plus. Puis après être passé à l’aplomb de la grande Poste, on se trouve devant moult jeunes mariées venant se faire photographier devant l’Ile de la Tortue. Toujours la symbolique de la Tortue représentant l’éternité ! Elles arrivent généralement en tongs et jean, avec leur robe dans un sac plastique fermé par un élastique (les vietnamiens adorent les sacs plastiques et n’osent imaginer qu’un jour, ils en soient privés). Elles enfilent leur robe blanche ou rouge (oui, assez souvent les robes de mariées sont rouges), mettent leurs chaussures et en deux temps trois mouvements clic-clac, la photo est faite. Et l’époux me direz-vous? Parfois, il accompagne sa tendre moitié, d’autre fois, il n’est pas là. Pourquoi? Je n’en sais rien.

Sur l’autre rive, vis-à-vis du temple de la montagne de Jade se trouve un salon de thé « très smart » ou la gentry vient siroter un café ou un thé sur la terrasse. Pour la petite histoire, c’est peut-être très « in » mais un soir où avec des amis vietnamiens, je sirotais un jus d’orange pressé (nguc cam) un rat est passé sous la table…mais bah, on imagine que c’est un chat (Ne dit-on pas « Dans la nuit, tous les chats sont gris ») et on pense à autre chose. Cet édicule passé, ainsi que le marchand de glace très prisé, on se laisse aller dans les petits chemins qui serpentent entre les arbres centenaires jusqu’à un petit pavillon beaucoup moins guindé que celui donnant sur le lac. Il est souvent complet, mais si vous trouvez une place, commandez donc un café Bailey, vous en garderez un souvenir inoubliable.

En terrasse au bord du lac Hoan Kiem, Hanoi

Attardez-vous en ces lieux. Ma place préférée est juste à l’aplomb de cet arbre à gauche

Attardez-vous en ces lieux comme les habitants de Hanoi. Certes, il est parfois difficile de trouver une place sur les bancs pourtant nombreux, où les protagonistes refont le monde. Si vous ne pouvez pas vous asseoir, posez-vous sur un muret ou allez jusqu’à l’horloge de verre (offerte par les genevois bien sûr) aux fleurs sous le cadran. C’est là que vous quitterez le lac et pour continuer votre découverte de Hanoi, il vous faudra traverser l’avenue, ce qui, pour un occidental, est une véritable épreuve. Heureusement ce carrefour est bien connu pour ses policiers qui usent frénétiquement de leur sifflet et de leur carnet à souche, alors les voitures et surtout les motos respectent un peu (juste un petit peu), les feux et stoppent au rouge. Profitez-en, c’est l’exception qui confirme la règle : au Vietnam pas plus au nord qu’au sud, les véhicules ne respectent jamais les feux et c’est aussi éreintant que dangereux.

Le Vietnam n’est pas, à quelques rares exceptions près, un pays de parcs et jardins au même titre que les pays européens, mais nombreux sont les espaces verts qui entourent des monuments ou des pagodes. Que ce soit au Nord, au Sud ou au Centre du Vietnam, il faut y aller, les traverser, flâner dans les allées, souvent ombragées, humer l’enivrante odeur des frangipaniers ou des jasmins quand ils sont en fleurs, grimper les interminables escaliers qui y mènent, c’est là que vous comprendrez ces peuples, la richesse de leur culture, le poids de leurs traditions et leur sérénité. Très attachés aux couleurs or et rouge, qui dominent leurs massifs, ce n’est pas en ces lieux que vous verrez les camaïeux ou des dégradés de couleurs, que nous apprécions tant et qu’eux ignorent complètement. De même, surtout au sud, ils aiment les compositions qui détonnent et débordent de couleurs criantes au point qu’elles nous paraissent même kitch ! Inversement au nord, se voulant plus sérieux, plus officiels leurs compositions florales sont plus traditionnelles au risque de paraitre effacées, ou inappropriées. C’est dommage peut-on penser, mais le mieux est de ne pas chercher à comparer. C’est autrement, c’est tout. Et c’est beau.

Motos dans les rues de Hanoi

Clap de fin ! Le pêcher fané, retourne chez le pépiniériste et attendant la prochaine floraison en 2018.
(Photo prise depuis le véhicule m’emmenant à l’aéroport) 

¹ L’hétérogénéité des fleurs présentées, laisserait supposer que les jardiniers locaux n’utilisent pas de graines hybrides sélectionnées.

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